SOBICAIN

Centro Bíblico San Pablo

SOBICAIN / Centro Bíblico San Pablo

La Bible des Peuples

Introduction

Romains

LES LETTRES DE PAUL

Dès le début les Églises ont reçu comme Parole de Dieu les lettres qu’elles recevaient des apôtres, puisqu’elles voyaient en eux les témoins authentiques de la foi. Qu’elles aient été fondées par Pierre ou par Paul ou par quelque autre des apôtres, les communautés chrétiennes maintenaient entre elles des liens d’autant plus fréquents qu’une bonne partie des convertis appartenaient à une classe moyenne de commerçants qui se déplaçaient facilement d’une contrée à une autre du monde méditerranéen. Elles ont donc pris tout de suite l’habitude de co0mmuniquer les lettres qu’elles recevaient (2P 3,15-16).

Dès la fin du premier siècle existait une collection incontestée des dix premières Lettres de Paul que nous lisons dans notre Nouveau Testament. Il est à noter que les deux Lettres aux Corinthiens et les deux aux Thessaloniciens n’ont jamais été publiées séparément et cela nous aide à comprendre comment on est passé des lettres originales de Paul aux textes qui nous sont parvenus.

Nos « lettres de Paul » ne représentent en effet qu’une partie de sa correspondance. Les Églises plus importantes de Corinthe, de Philippe et de Thessalonique, ont certainement reçu d’autres messages. Lorsqu’elles les ont transmis aux autres Églises, elles ont pensé tout de suite à l’usage liturgique qu’on en ferait. A côté de problèmes plus personnels qui n’intéresseraient pas, il s’y trouvaient des paragraphes qu’il aurait été dommage de perdre et elles n’ont pas hésité à insérer dans telle ou telle lettre de Paul ces fragments de lettres reçues en d’autres occasions.

Ceci explique bien des choses. D’abord, le caractère composite de la seconde lettre aux Corinthiens et de la lettre aux Philippiens. Ensuite l’aspect artificiel de la seconde lettre aux Thessaloniciens. Il n’est pas impossible non plus que dans la première lettre aux Corinthiens aient été insérés des pages de Paul qui lui étaient étrangères. Le cas de Romains 15 est un peu différent.

Dans la première collection, les lettres étaient rangées par ordre de longueur décroissante : les quatre “grandes” lettres aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates, puis les “lettres de la captivité” et, pour finir, celles aux Thessaloniciens. Ce n’est que plus tard que sont venues s’y joindre les lettres à Timothée et à Tite et la belle lettre aux Hébreux, écrite très probablement aux côtés de Paul, mais dont on ne connaît pas l’auteur.

Paul se considérait comme “l’apôtre des nations païennes”, voyant là sa vocation personnelle à côté de Pierre à qui Dieu avait confié la charge d’évangéliser le monde Juif, non seulement en Palestine, mais aussi dans tout l’Empire Romain, là où des synagogues s’étaient établies. Paul avait reçu cette mission de Jésus lui-même lors de sa conversion (Ac 22,21 ; Ga 2,7), et elle était tellement fondamentale dans le projet divin de la mission et de l’extension de l’Église, qu’elle ne s’est pas terminée avec sa mort. L’esprit de Paul, l’une des grandes manifestations de l’esprit de Jésus, est toujours à l’œuvre au milieu de nous à travers ses lettres.

LETTRE AUX ROMAINS

L’ÉVANGILE ANNONCÉ AUX GRECS

Jésus s’était présenté comme le Sauveur, et d’abord il voulait sauver le peuple Juif. Il leur parlait du Royaume, et ils le comprenaient : Dieu allait régner chez eux, tout comme il régnerait dans leurs vies. Il n’ignorait pas leurs aspirations collectives, mais il les orientait vers une mission plus universelle : c’était vraiment pour eux une “bonne nouvelle”.

Mais après l’échec de sa mission en Israël, avec l’ouverture de la mission en terres romaines, il fallait que l’Evangile soit également bonne nouvelle pour les Grecs de l’empire romain qui écoutaient la parole des apôtres. Protégés par de solides structures sociales que personne ne discutait, ils demeuraient étrangers au désir de libération des Juifs. L’empire romain, en les absorbant, avait pratiquement réduit à rien la fierté et les ambitions des nations petites et grandes, laissant un vide où les préoccupations religieuses allaient croître. Ces hommes s’intéressaient à tout ce qui touche la personne humaine et cherchaient dans un fouillis de doctrines et de religions un moyen d’échapper au destin. Il fallait donc leur parler du Christ comme de celui qui dénoue nos contradictions et nous donne la vie.

Dans cette lettre aux chrétiens de Rome, capitale de l’empire, Paul veut répondre aux préoccupations des Grecs sans négliger pour autant les Juifs. Car ils étaient nombreux dans la communauté de Rome, comme dans toutes celles de l’empire romain, et pour eux qui avaient cru au Christ, la chose difficile était de se resituer devant Dieu après que la grande masse de leur peuple avait refusé la foi chrétienne. Jusque-là ils avaient partagé les espérances de leur peuple, pensant que tout Israel reconnaîtrait la venue du Dieu Sauveur, et maintenant ils n’étaient plus qu’une minorité apparemment en marge de la longue histoire biblique.

La Lettre aux Romains

La lettre aux Romains est dans sa majeure partie un large exposé sur la vocation chrétienne. Elle nous semblera certainement difficile, car elle l’est de fait. Nous y trouverons des discussions et une utilisation des textes bibliques qui nous déconcertera souvent, car Paul discute comme il a appris à le faire dans les écoles de rabbins de Jérusalem. Mais il faudra se rappeler que Paul ne part pas d’un système doctrinal, d’une théologie : il part constamment de sa propre expérience. La rencontre du Christ ressuscité, la conversion dramatique qui le met au service de l’Evangile, et ensuite la longue expérience de sa vie d’apôtre et des dons de l’Esprit agissant en lui, la communion constante avec Jésus, le Seigneur, ce sont là les bases de sa vision de la foi.

Paul va donc parler du salut de Dieu, comme oubliant le contexte explosif de la Palestine où le nationalisme juif est aux prises avec les Romains et où toutes les espérances religieuses sont politisées. Le salut de Dieu, c’est le salut de la race humaine comme un tout, mais il se joue au cœur des personnes ; tout dépendra de notre réponse à un appel de Dieu : saurons-nous lui faire confiance ?

Paul, marqué par sa propre histoire, présente l’arrivée à la foi comme une conversion plus ou moins dramatique. L’homme est esclave du Péché (il faudra voir ce que Paul entend par là) ; nous voudrions nous libérer, mais il nous manque la clef pour nous comprendre : nous sommes créés pour partager la vie de Dieu, et tant que nous n’y parvenons pas, nous portons en nous une rébellion consciente ou inconsciente contre Dieu. Faut-il se tourner vers la religion ? On y gagnera bien peu, dit Paul, avec une insistance qui choquera beaucoup de personnes : tant qu’on croit devenir “bien” par ses pratiques religieuses, on tourne le dos à la seule force qui peut nous libérer : l’amour miséricordieux de Dieu. Mais voici que Dieu nous tend la main et nous enseigne à aimer. Jésus vient à nous et nous le crucifions, et c’est alors que Dieu nous montre comment il nous aime et nous pardonne. Il n’attend d’autre réponse que notre acte de foi, une foi qui d’un seul coup nous libère.

Ce salut, c’est celui que toute la bible annonçait, mais il déconcerte tous ceux qui, dans la religion juive, en étaient restés aux pratiques. Celles-ci appartiennent à une étape de l’histoire humaine à laquelle la mort de Jésus a mis fin. Notre baptême nous fait entrer dans un monde mystérieux qui n’est pas autre que le Christ ressuscité : désormais nous sommes “dans le Christ”, et vivant de son Esprit. Le don de l’Esprit ouvre une ère nouvelle où tout sera à inventer, selon les lois de l’amour, pour ceux qui sont devenus vrais fils et filles de Dieu.

Paul alors revient sur le problème du peuple juif : que penser de toute cette histoire d’Israël à qui Dieu promet un sauveur, et qui finalement ne le reconnaît pas ? Paul montrera qu’il ne faut pas mélanger deux questions : l’appel d’un peuple à qui Dieu confie un rôle particulier dans l’histoire, et l’appel des personnes qui appartiennent à ce peuple. Pour chacun la foi au Christ sera le résultat d’un appel gratuit de Dieu.

pourquoi Paul a-t-il envoyé cette lettre ?

Paul avait décidé de quitter les provinces orientales de l’Empire et d’atteindre le centre même, c’est-à-dire Rome (Rm 15,23). Mais d’autres avaient fondé et formé cette communauté, Pierre sûrement, et bien d’autres restés inconnus. Ces chrétiens avaient déjà leur chemin propre et leurs habitudes. Un certain nombre d’entre eux avaient recueilli des propos qui ne les prédisposaient pas en faveur de Paul et de ses méthodes, et l’on comprend qu’il ait voulu préparer sa venue. Mais peut-être pense-t-il plus encore aux chrétiens de Jérusalem entre lesquels circulent à son sujet rumeurs et calomnies (Ac 21,21). Avant d’aller à Rome, il lui faut monter à Jérusalem où il portera le produit des collectes organisées dans les communautés grecques en faveur des pauvres de Jérusalem. Et Paul n’est pas trop sûr qu’on lui réservera un accueil fraternel (Rm 15,31). Il envoie donc cette lettre à Rome, sachant qu’elle parviendra très vite à Jérusalem, et il s’y étend sur la vocation complémentaire des Juifs et des païens.

Les invitations à la compréhension mutuelle qui forment le contenu des chapitres 13-15 de cette lettre ne sont donc pas pour Paul, et dans l’immédiat, le moins important. Mais même s’il visait très spécialement la communauté juive de Jérusalem, ses paroles n’étaient pas déplacées à Rome. Là comme ailleurs, ce n’était pas si simple de réunir en une même communauté Juifs et païens convertis. Paul déjà leur prêche ce que nous-mêmes n’arrivons pas à mettre en pratique : s’accepter différents.

Il est probable que Paul a envoyé cette lettre de Corinthe durant l’hiver 57-58.

La Lettre aux Romains dans l’Église

Il est maintenant impossible de parler de la lettre aux Romains sans dire au moins un mot sur la place qu’elle a tenue et qu’elle continue de tenir dans les églises protestantes.

On sait que Luther a mûri la Réforme en commentant cette épître. Il n’avait pas tort d’y voir la condamnation d’une Eglise installée dans le monde, dans laquelle la foi s’était souvent dégradée en pratiques coupées de la foi qui sauve. La chrétienté du Moyen Age était en effet un peuple, un peu comme l’avait été le peuple d’Israël. On était chrétien de naissance et on le resterait ; on était croyant, mais comme on l’est dans n’importe quelle culture, on pensait se sauver par les rites religieux et la pratique des bonnes actions qui nous méritent le ciel.

C’était donc une grande chose que de rappeler que la foi est l’âme de toute conversion, et que cette conversion est la réponse à un appel gratuit de Dieu. Dans cette lettre il n’y avait que le Christ Sauveur, et c’était suffisant pour dévaluer tout le système religieux d’alors, écrasé par ses traditions et ses dévotions. Il y avait la foi, alors qu’on n’entendait guère prêcher que la morale, ou plutôt les catalogues de la morale. Il y avait la Parole de Dieu adressée à tout homme, alors qu’on se contentait de faire confiance aux hommes d’Eglise. C’était donc une critique radicale de l’Eglise qui avait fini par se regarder elle-même plutôt que de se tourner vers Dieu, et dont tout le système politique, doctrinal ou répressif fermait l’horizon.

Pourtant nous avons dit que cette lettre s’enracinait dans toute l’expérience de Paul comme Juif et comme Pharisien, puis comme apôtre appelé directement par le Christ. C’est à partir de là qu’il parlait de péché et de justification, d’appel, de salut par la foi. Et de leur côté, Luther et ses contemporains lisaient cette lettre à partir de leurs problèmes — il faudrait dire : de leurs angoisses.

Ils étaient les représentants d’une chrétienté finissante, obsédée par la perspective du péché et de l’éternelle damnation, victime d’une philosophie (le nominalisme) dans laquelle les choses ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi, mais le sont si Dieu les déclare telles. C’est ainsi que tout ce que Paul dit sur la prédestination du peuple juif est lu par eux comme un problème de prédestination personnelle au ciel ou à l’enfer. Paul parle de Dieu qui nous justifie — un mot qui avait alors un sens très peu précis — pour dire que Dieu rétablit en nous un ordre qui est le vrai ; eux comprennent que, si nous croyons, Dieu nous considérera justes bien que rien ne soit changé en nous. Les grandes perspectives d’une humanité travaillée par le péché et par la grâce, incapable de se libérer elle-même, vont se réduire à un problème personnel : suis-je réellement libre ou suis-je un jouet de la grâce ? Prenant au pied de la lettre le langage imagé de Paul, on va bâtir une doctrine du Péché Originel dans laquelle nous payons tous, et pour l’éternité, le péché d’un premier ancêtre.

Plusieurs générations de protestants et de catholiques vont être marquées par ces controverses. Que l’on parle de salut par la foi seule, ou par la foi et les œuvres, ou par la foi, les œuvres et les sacrements, l’amour du Père qui sauve et du Christ Sauveur va passer au second plan derrière l’obsession du salut : comment puis-je m’en tirer dans ce cadre rigide où Dieu m’enferme ? Le Dieu juste, aux sentences inexorables, qui condamne si facilement à l’enfer, traumatisera l’Occident et préparera une révolte qui sera l’athéisme militant.

Il n’est pas inutile aujourd’hui de le savoir. Quand on a longtemps fréquenté Paul, et d’abord dans la lettre aux Romains, on voit que pour lui le Père de Jésus est réellement père, et qu’il est passionnément aimé. On découvre chez lui mille détails qui trahissent son expérience d’une communion continuelle et d’une vie “dans” le Dieu Trinité, une expérience très proche de celle de saint Jean.

Cela ne nous empêchera pas de retrouver dans cette lettre cela même que Luther, après Saint Augustin, y avait vu : une exposition géniale du mystère de l’humanité sauvée par le Christ. Peut-être est-ce un certain oubli de cette lettre et de cette doctrine qui a laissé trop souvent les catholiques s’enfermer dans leurs pratiques et leurs sacrements, et négliger la mission.

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