Hébreux

Introduction

Au temps des apôtres, on qualifiait d’Hébreux les Juifs de Palestine, pour les distinguer de cette majorité de leur peuple qui avait émigré dans tout l’Empire Romain.
La répression était tombée plusieurs fois sur leurs responsables : sur Étienne et les “hellénistes” en 36 ; sur les apôtres Jacques et Pierre en l’an 43. En 62, l’assassinat de leur évêque, Jacques “frère du Seigneur”, par ordre du grand prêtre les avait fait exclure pratiquement de la communauté juive. Certains avaient eu leurs biens confisqués. Ils devaient donc se maintenir fermes dans la précarité, face à l’hostilité du grand nombre, avec la conviction qu’à la fin de leur exil ils trouveraient la vraie patrie où Jésus était entré après ses souffrances.
Cette lettre s’adresse à des hommes familiers de l’Ancien Testament : un certains nombre parmi eux devaient être des prêtres (Ac 6,7), et ils avaient davantage de motifs pour être en crise. Dans le passé, le Temple avait été toute leur vie, mais maintenant, ils n’avaient pas seulement été exclus de leur service : Jésus avait relégué le Temple de Jérusalem et son culte au rang des institutions dépassées. Lui, laïc, il avait organisé son Église sans tenir compte du sacerdoce des “fils d’Aaron”, les prêtres juifs : le prêtre, celui qui met les hommes en rapport avec le Dieu Très Saint, c’était lui et lui seul.
Ainsi le Christ leur avait fait perdre leur travail tout autant que leur raison d’être. Ceux qui avaient connu Jésus en son existence humaine devaient parfois se prendre à douter : est-ce que tout avait vraiment changé à cause de lui ?
Cette lettre leur rappelle que la religion juive, avec ses cérémonies grandioses, n’était que l’image de quelque chose de plus grand. Le pardon des péchés et la religion en esprit devaient être l’œuvre du prêtre authentique de toute l’humanité, Jésus, le Fils de Dieu. Il n’y avait plus maintenant d’autre sacrifice que le sien, lequel commençait sur la croix et se terminait dans la gloire.
L’exemple de Jésus, glorifié au terme de ses souffrances, leur enseignait et continuera de nous enseigner que la persévérance est la forme parfaite de l’espérance : « celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ».
Nous avons parlé de prêtres. Ce mot a été si profondément remis en cause depuis quelques dizaines d’années, qu’il n’est pas inutile de retrouver ici le texte biblique qui a le plus approfondi le sens du sacerdoce et sa réorientation par le fait même du sacrifice de Jésus
Cette lettre a été écrite de Rome, peut-être vers l’année 64, quand s’annonçait la guerre où Jérusalem allait être détruite. C’étaient aussi les derniers mois de la vie de Paul. Cette lettre n’est pas étrangère à sa pensée, mais elle n’est pas de lui. Il est possible que l’auteur en soit Apollos, mentionné dans Actes 18,24-28, un homme “qui démontrait par les Écritures que Jésus est le Messie”. Ce pourrait être tout aussi bien Silas (ou Sylvain) un évangéliste de la communauté de Jérusalem qui avait accompagné Paul, puis Pierre dont il avait rédigé la première lettre (1Th 1,1 ; 1P 5,12).

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