Galates

Introduction

Qui étaient les Galates ? La lettre si personnelle que Paul leur adresse montre qu’il les connaissait bien. Il s’agit sûrement des communautés de Lycaonie et de Pisidie, deux régions qui, après avoir appartenu à la Phrygie, avaient été rattachées à la Galatie. Paul les avait visitées plusieurs fois (Ac 16,6 ; 18,23) après la première évangélisation (Ac 13,14).
Paul écrit parce que la communauté est en danger. Chose étrange, il ne fait pas allusion à des scandales, à un relâchement, à des conflits d’autorité, comme c’était le cas à Corinthe. Il y a bien des tensions et des doutes : certains font du zèle et voudraient remettre en valeur les pratiques juives. Pourtant, semble-t-il, ni les promoteurs de ce retour à la Loi, ni ceux qui s’y opposent ne sauraient s’attendre à un tel avertissement de Paul. Mais il a vu plus loin qu’eux : on veut revenir à des pratiques religieuses parce qu’on n’a pas compris, ou parce qu’on a oublié, qu’être chrétien ce n’est pas d’abord pratiquer une religion mais vivre une foi.
La découverte de l’Evangile avait été pour les Galates un bain de liberté. Ceux d’entre eux qui étaient Juifs échappaient à l’étau des pratiques religieuses qui jusque-là marquaient toute leur existence. Ceux qui étaient Grecs (et païens) se libéraient d’une vision fataliste du monde, ainsi que des préjugés de leur société : là encore c’était un nettoyage par le vide. Mais étaient-ils capables de suivre Paul quand il leur parlait de sa propre expérience, quand il affirmait que le Christ est assez grand pour remplir notre existence, que l’Esprit nous dirige beaucoup mieux que n’importe quelles obligations religieuses ?
Durant un premier temps, les Galates avaient vécu cela même qui faisait la vie de Paul, mais il était difficile que la communauté se maintienne dans une ligne si neuve. Passé le temps du premier enthousiasme, la grande majorité de ces nouveaux chrétiens éprouvait le besoin de règles et de pratiques. Ils avaient la foi au Christ, mais c’était beaucoup demander que de les vouloir tous des “spirituels”.
Or il y avait là des gens qui offraient une réponse. Connaissant les bienfaits que procure la Loi, ils aspiraient bien sûr à prendre la direction de la communauté. Mais le cha pitre 6 nous montre que pour Paul leurs intentions n’étaient pas sans arrières pensées. Il est certain que la très forte solidarité qui unissait les Juifs dans un monde qui leur était souvent hostile représentait une sécurité réelle pour ceux qui rejoindraient de quelque façon la communauté d’Israël. Et pour certains cette sécurité était plus enviable que l’aventure de la foi et le risque que connaissaient alors les premières communautés chrétiennes.
La réponse de Paul est sévère, elle paraîtra peut-être très négative vis-à-vis des pratiques religieuses : elle est pourtant parole de Dieu. Faire trop crédit aux règles et pratiques d’une religion, c’est s’enfermer dans un système, un ordre dans lequel on attend, même sans le dire, la récompense de nos bonnes actions. La foi, au contraire, c’est se livrer à Dieu et à son mystère, aussi redoutable que la croix qui en est le symbole.
En voilà assez pour comprendre que cette Lettre aux Galates est bien d’actualité aujourd’hui, lorsque tant de personnes sont à la recherche de certitudes. Et puis, c’est un fait, dans la mesure où l’Eglise doit porter quantité de chrétiens qui n’ont qu’une très petite expérience de la vie dans l’Esprit, elle a toujours tendance à se mettre à leur niveau et à devenir une religion : il lui faut donc reprendre conscience de son identité et redécouvrir ce qu'est vivre par la foi.

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