Sagesse

Introduction

Le livre de la Sagesse se présente comme l’oeuvre du roi Salomon. Ce n’est qu’une apparence, ou pour mieux dire, un procédé littéraire. Il a été écrit beaucoup plus tard, vers l’an 50 a.C., c’est-à-dire un siècle seulement avant Jésus.
Son auteur faisait partie de la communauté juive d’Alexandrie, colonie très importante dans une ville qui était la plus importante du monde gréco-romain. Sa bibliothèque n’avait pas de rivale : 700.000 volumes, disait-on ; et c’est son directeur qui, deux siècles auparavant, avait demandé une traduction grecque de la Bible, celle qu’on a appelée les Septante.
Voilà donc un croyant à la charnière de deux langues et deux cultures, l’hébreu et le grec. Il est au point où s’affrontent deux mondes religieux, celui de la Bible et celui des Grecs, avec leurs dieux, leurs poètes et leurs philosophies. On vient d’assister à l’un des événements-clés de l’histoire : à Actium la flotte d’Octave, qui sera le premier empereur romain, vient de couler celle d’Antoine, un autre prétendant, lequel s’était épris de la fameuse Cléopâtre, héritière des souverains grecs de l’Egypte ; il s’est suicidé avec elle. Les immigrants juifs d’Alexandrie se considéraient persécutés et marginalisés par l’administration égyptienne et ils espèrent que les Romains, maintenant maîtres du Moyen Orient, adopteront une politique plus favorable.
C’est le cadre dans lequel est né le Livre de la Sagesse. Les rancoeurs politiques pèseront sur la troisième partie (chapitres 11-19), laquelle entend montrer comment Dieu fait justice à son peuple. Il y a là bien des vérités, mais la façon de les présenter peut nous déconcerter.
Beaucoup plus importantes sont les deux autres parties. Dans la première (chapitres 1-5), l’auteur s’adresse à des croyants ébranlés par les persécutions et les abus dont leur peuple a souffert durant le siècle écoulé. La foi est ébranlée plus encore parce que les temps ont changé. On est sorti du cadre de l’histoire juive en Palestine, un temps où la foi était davantage affaire nationale que personnelle : les personnes ne comptaient guère. Aujourd’hui, on vit au milieu des païens, on est emporté par la rage des affaires et chacun doit prendre en mains son destin.
L’auteur va donc planter le problème de la sagesse sur des bases nouvelles, comme on ne l’avait jamais fait dans la Bible : la question essentielle est de savoir où aboutit la vie présente. Il y a un jugement et une autre vie, et tant qu’on ne l’a pas compris, on ne peut juger bien de rien. Ces chapitres contiennent plusieurs textes qui sont parmi les plus beaux de la Bible sur l’immortalité, la résurrection et la revanche des justes et des martyrs.
Dans une seconde partie (chapitres 6-10) l’auteur expose les divers aspects de la présence divine dans l’univers. Cette question était fondamentale pour les grecs ; beaucoup confondaient Dieu, âme du monde, avec l’univers divinisé, et leurs réponses étaient souvent assez proches de celles qui circulent aujourd’hui sous le label du New Age. Le livre de la Sagesse reprend ici les formules et les aspirations du monde grec, mais il apporte les précisions nécessaires pour que Dieu, partout présent et actif, reste Dieu, seul Saint et Glorieux. Nous essaierons de montrer comment il prépare ainsi la révélation du Verbe de Dieu et de l’Esprit Saint.

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