Jonas

Introduction

Le livre de Jonas est un récit populaire, un conte, mais son auteur était quelque peu prophète dans la mesure où il souligne des vérités que ses contemporains oubliaient.
Ce conte aimable critique, non pas les idolâtres et les impies, mais les Juifs pieux qui, renfermés dans leur nationalisme, oublient aisément que Dieu est le Dieu de tous.
DIEU SAUVE LES HOMMES DE TOUTE RELIGION
Jonas n’aime pas les païens, et si Dieu les sauve, il n’a pas envie d’en faire les frais. Mais ces petitesses ne doivent pas nous cacher un scandale dont Dieu semble être le responsable. Comment comprendre que Dieu sauve tous les hommes, si en même temps la Bible nous dit que seul Israël a été choisi, que seul Jésus a les paroles de vie, que sans le baptême nous ne sommes pas sauvés ? Dieu parle-t-il deux langages? Ou bien devons-nous croire que le salut chrétien n’est qu’un parmi tous ceux que Dieu a donnés aux peuples de différentes cultures et religions ?
L’un des premiers à se poser la question, le philosophe et martyr saint Justin a pensé que bien avant Jésus le Verbe était présent dans le monde comme une semence, et qu’il avait éclairé les sages de toute religion. Saint Augustin par contre, prenant au pied de la lettre Mc 16,16 “celui qui ne croira pas sera condamné”, se voit obligé de démontrer que tout ce que les non chrétiens font de bien est le fruit de l’orgueil. Cette solution radicale encourageait la ferveur des baptisés et l’Eglise l’adopta aussitôt..
C’est que l’Eglise s’était bien vite assise sur le trône de gloire qui revenait au Christ, son époux. Puisqu’il était le seul sauveur, elle se voulait l’intermédiaire que personne ne pourrait ignorer sans se perdre pour toujours. Il était bien vrai que dans le plan de Dieu le mystère de l’Eglise embrassait l’humanité entière, mais on confondait deux questions : L’Eglise est-elle nécessaire pour le salut de l’histoire humaine ? et : N’y a-t’il de salut que pour ceux qui ont une place dans la structure ecclésiale ?
L’Eglise d’Occident étaya cette dernière position grâce à une interprétation du péché originel dont Augustin avait donné les grandes lignes (voir le commentaire de Gen 3 et de Rom 5,12). On affirmait sans sourciller que par suite du péché de Monsieur Adam, tous les hommes étaient condamnés à l’enfer, sauf ceux qui seraient baptisés, ou au moins auraient désiré le baptême.
C’est seulement dans la première moitié du vingtième siècle que le mur a craqué officiellement. Au cours des trois siècles antérieurs cette condamnation sans appel de toutes les religions et de cette majorité des hommes qui n’est pas entrée dans la mouvance chrétienne avait révolté d’innombrables esprits ouverts, frayant le chemin à l’athéisme occidental, mais l’Eglise (il faudrait dire : les Eglises) n’avaient pas bougé. Il ne faut donc pas s’étonner si aussitôt reconnue la volonté de Dieu de sauver tous les hommes (et pas seulement “à condition qu’ils croient et deviennent catholiques”) beaucoup de chrétiens ont commencé à douter de leur foi.
On ne domine pas en quelques années un revirement d’une telle ampleur et sans doute nous serons incapables, avant longtemps, de bien voir à la fois comment Dieu aime et sauve tous les hommes, et comment l’appel à la foi que nous avons reçu est une grâce unique. Il ne faudra pas oublier qu’avec Jésus nous avons beaucoup plus que n’importe quel Jonas ou Salomon (Mt 12,41), ou n’importe quel sage ou prophète d’orient ou d’occident (Ac 4,12).

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