AU TEMPS DE ROME


MAIN-MISE DE ROME SUR DE PROCHE-ORIENT

Depuis quelques années l'empire romain en pleine expansion avait pris pied au Moyen Orient. Mais au même moment, à Rome, se manifestaient des rivalités de pouvoir qui allaient conduire la République à sa fin. Les divergences de vue entre parti conservateur et parti populaire aboutirent à des luttes sanglantes et des bannissements innombrables durant six ans (88-82). De nouvelles brouilles opposèrent Sylla à Pompée : Sylla s'inquiétait de la promotion trop rapide du jeune général qu'il avait pourtant lancé lui-même.
De nouveau l'Orient menaçait Rome : les barbares Thraces s'infiltraient en Macédoine ; aux frontières de la Bithynie, Mithridate s'agitait de nouveau avec l'appui de son gendre, le roi d'Arménie ; enfin les pirates établis sur la côte sud de l'Asie Mineure interceptaient les navires chargés du blé d'Égypte pour l'approvisionnement de la capitale. Pompée était bien le mieux placé pour faire face à ce triple péril, mais le Sénat le redoutait. On finit par céder aux exigences du jeune général qui réclamait pour remplir sa mission le haut commandement sur la marine et les troupes de terre jusqu'à 70 km en retrait des côtes : Pompée partait avec 500 navires et 20 légions sous ses ordres.

POMPÉE EN ORIENT

En moins de trois mois Pompée mit un terme aux courses des pirates et détruisit leurs villes repaires ; il réorganisa ensuite cette région dont il fit la Province de Cilicie (67).Puis il triompha de Mithridate et transforma son royaume en Province romaine du Pont. Il se tourna alors vers la Syrie. L'empire séleucide en décadence était une proie facile pour les Parthes ; s'ils se rendaient maîtres du couloir Syro-Palestinien, ces ennemis traditionnels de Rome se donnaient une porte ouverte sur la Méditerranée et coupaient du même coup la route terrestre reliant l'Égypte aux provinces romaines d'Asie Mineure. L'enjeu était de taille ; Pompée envoya donc Æmilius Scaurus pour se rendre compte de la situation. Lorsque le légat arriva en Palestine, il se prononça pour Aristobule dans le conflit qui l'opposait à son frère.
Bien informé par son émissaire, le général romain marcha sur la Syrie et s'y installa sans coup férir ; il en fit une province romaine. Il prolongea ensuite sa course vers Jérusalem : Antipater, Hyrcan II et Arétas de Nabatène d'une part, Aristobule II de l'autre, vinrent solliciter son arbitrage. Comme Pompée tardait à se prononcer, Aristobule le prit de vitesse et gagna Jérusalem où il s'enferma. Aussitôt Pompée donna ordre à Arétas de regagner sa Nabatène, puis il marcha sur Jérusalem où Aristobule et ses hommes s'étaient enfermés. Au terme d'un siège de trois mois, il s'empara de la ville : ce fut un carnage. Comme indifférent à ce drame, Pompée fit le tour du temple en curieux et se permit d'entrer jusque dans le Saint des Saints. Comme aux jours de Nabukodonozor où la destruction du Sanctuaire était apparue comme la punition des infidélités d'Israël, un tel sacrilège était aujourd'hui pour les hommes pieux de Jérusalem un châtiment divin, qui sanctionnait la conduite scandaleuse des grands prêtres asmonéens.

UNE REDISTRIBUTION DES CARTES

Pompée réorganisa la région : il confirma Hyrcan dans sa charge de grand prêtre, mais limita son autorité à la Judée, la Galilée, et la Pérée en Transjordanie. Il lui retira les villes de la plaine côtière placées désormais sous l'autorité directe du pouvoir provincial, accorda l'autonomie juridique à la Samarie , et réunit dans une même confédération les cités de Abila, Kanata, Hippos, Gadara, Dion, Pella, Amathonte, Gérasa, Philadelphie, et Scythopolis (la seule située en Cisjordanie) : cette confédération de dix villes libres prit le nom de Décapole (Mc 5,20). Pompée confia à Æmilius Scaurus le gouvernement de l'ensemble du territoire syro-palestinien et repartit à Rome en 61, précédé par Aristobule et ses deux fils qu'il y avait envoyés en otages : seul Alexandre, l'aîné parvint à s'échapper ; il revint en Palestine où il tenta de reprendre le pouvoir à son oncle Hyrcan. Mais Gabinius procurateur de Syrie, ami de Pompée l'assiégea dans sa forteresse de l'Alexandrion et l'obligea à la reddition. Peu après Aristobule et Antigone, son fils cadet, s'enfuirent de Rome et tentèrent de renverser Hyrcan : eux aussi furent assiégés par Gabinius, cette fois dans la forteresse de Machéronte, et capitulèrent.
Durant ce temps Gabinius redécoupait les territoires confiés à Hyrcan par Pompée en cinq districts qu'il plaça sous l'autorité directe de la province et c'est alors que Sepphoris devint chef-lieu du district de Galilée.

ENTRE POMPÉE ET CÉSAR, ANTOINE ET OCTAVE

Rome était au bord de la guerre civile. Le conflit qui éclata entre César et Pompée poussa ce dernier à chercher refuge en Orient où il avait ses partisans. Durant tout ce temps Hyrcan et son fidèle Antipater restèrent aux côtés de Pompée, mais au lendemain de la bataille de Pharsale (48), quand Pompée vaincu s'enfuit en Égypte où il devait être finalement assassiné, ils surent changer de camp et apportèrent leur appui à César dans sa campagne d'Égypte. César se montra reconnaissant : il accorda des privilèges importants à la Communauté Juive, donna à Hyrcan le titre d'ethnarque et d'allié des Romains, et nomma Antipater procurateur de Judée. Celui-ci en laissa le gouvernement à son fils Phasaël, tandis qu'un second fils, le futur Hérode le Grand, né à Ashkelon en 73 av. J.­C., se voyait confier en 47 la Galilée.
Devenu ainsi tétrarque de la Galilée, il révéla son caractère soupçonneux, autoritaire et violent par la manière dont il réprima la révolte d'Ézéquias. Quelque temps plus tard il fit assassiner l'instigateur du meurtre de son père Antipater et mit en fuite Antigone, fils cadet d'Aristobule qui tentait de nouveau de reprendre pied en Palestine. Reconnaissant d'avoir repoussé son ennemi, Hyrcan lui fit épouser en seconde noce Mariamne, descendante de la dynastie royale par son père Aristobule.


ENTRE ROME ET LES PARTHES

L'assassinat de César en 44 avait une fois de plus brouillé les cartes. Dans un premier temps Antoine et Octave s'étaient alliés pour reprendre l'Orient aux assassins de César ; Octave et Antoine se partageaient l'empire : Octave gardait l'Occident, Antoine l'Orient. Profitant de l'absence de ce dernier, retenu en Égypte auprès de sa belle Cléopâtre, les Parthes attaquèrent. Aussitôt Antigone prit leur parti et leur apporta le soutien de ses partisans. Entrés en vainqueurs à Jérusalem, les Parthes couronnèrent Antigone roi de Judée, prirent au piège Hyrcan et son fils Phasaël et les déportèrent à Babylone. Là, ils coupèrent les oreilles de Hyrcan, le rendant par cette infirmité définitivement inapte à remplir la charge de grand prêtre. Quant à Phasaël, il se suicida en captivité.
Hérode ne s'avoua pas vaincu et mit à profit les trois années de règne d'Antigone à Jérusalem pour préparer son retour. Ayant essuyé de la part des Nabatéens de Pétra une fin de non-recevoir, il rechercha et gagna facilement l'appui de Rome qui voyait en lui un homme capable de reprendre la province aux Parthes. En 40, il avait en poche le décret du Sénat le nommant roi de Judée. Au terme de trois année de lutte laborieuse, faite de victoires et de défaites : en 37, Jérusalem était prise, le pillage de la ville fut terrible, mais désormais Hérode avait les mains libres pour asseoir son règne. Antigone captif fut envoyé à Antioche et exécuté.

DE NOUVELLES VOLTE-FACE

Mais dans le même temps Octave et Antoine étaient devenus ennemis. Octave obtint du Sénat une déclaration de guerre contre Antoine et Cléopâtre et la défaite de ces derniers à la bataille d'Actium (31) fit d'Octave le maître de la situation.
Soucieux de rétablir l'ordre et la paix, Octave accepta la soumission des partisans d'Antoine qui revenaient vers lui : Hérode fut du nombre et dans une scène grandiloquente que Flavius Josèphe décrit admirablement, le nouveau roi des Juifs vint faire amende honorable, jetant à terre une couronne qu'il n'était, disait-il, plus digne de porter… Il s'en retourna, finalement couronné par Octave lui-même. Hérode reçut encore Jéricho et les villes de la plaine côtière, qu'Antoine avait cédées à la reine d'Égypte.


ROME : VERS LE POUVOIR ABSOLU

La crise politique et sociale qui minait Rome depuis le début du siècle, les guerres civiles, le délabrement des institutions, avaient lassé la société romaine et le plus grand nombre attendait que se lève enfin l'homme providentiel qui mettrait un terme au chaos. Convaincu d'être celui que tous espéraient, Octave ne négligea rien pour assumer cette responsabilité. Cependant Rome avait ses traditions et ses phobies : il ne fallait pas qu'une marche vers un pouvoir absolu et personnel puisse laisser croire que l'on revenait au temps des rois : l'assassinat de César était un sévère avertissement pour quiconque pensait s'aventurer sur cette piste. Octave s'avança donc à pas feutrés sur la voie du pouvoir absolu, dans le respect le plus strict, apparemment, des institutions républicaines, se faisant presque prier d'accepter honneurs et pouvoirs qu'on lui conférait.
En 43, Octave est proclamé Imperator par ses légions après une première victoire sur Antoine, et en 40, il joint ce titre à son nom de façon définitive ; en 29, il est proclamé Sauveur de l'état et l'on édifie en son honneur un arc de triomphe sur le forum ; en 28, on lui décerne le titre de Princeps senatus qui lui donne le droit de s'exprimer le premier dans les débats du Sénat ; le 16 Janvier 27 un décret lui confère le titre d' Auguste (c'est-à-dire : Divin ), qu'il gardera désormais comme surnom.
Octave ne néglige pas la carte religieuse : les dieux ne sont pas étrangers aux malheurs des hommes, mais ils ne le sont peut-être pas non plus à leur salut. Toujours est-il qu'Octave se sait prédestiné : il est neveu du Divin Julius (Jules César) et sa mère, selon certains, descend de la déesse Vénus par son père. Il est donc tout désigné pour recevoir un certain nombre de dignités sacerdotales : il est élu Pontifex Maximus en 12 av.J.­C.

LA RÉFORME D'AUGUSTE

Auguste renonce à faire de nouvelles conquêtes : il lui importe davantage d'affermir les frontières et de pacifier les provinces en rébellion. Dans le cadre d'une vaste réforme, il retire à l'autorité du Sénat un certain nombre de provinces, habituellement les provinces à risques ou d'annexion plus récente : celles-ci seront gouvernées par un légat qui dépend exclusivement de l'empereur. Ce sera un jour le cas de la Syrie-Judée. Le légat est assisté d'un procurateur pour les questions financières et fiscales.
À côté des provinces, Rome contrôle un certain nombre de « royaumes alliés » : l'empereur y fait et défait les rois selon son bon vouloir et se réserve d'y intervenir lorsque les intérêts ou la sécurité de l'empire sont menacés. Le royaume d'Hérode le Grand relève de ce dernier statut.

HÉRODE LE GRAND ET SES FILS

Bien qu'élevé à la cour d'Hyrcan II dont son père était le plus fidèle soutien, Hérode était étranger à la dynastie asmonéenne, qui regroupait dans une même main le pouvoir royal et le souverain pontificat. Il avait bien épousé en seconde noce une femme de la lignée royale : c'était Mariamne, petite fille à la fois de Hyrcan et d'Aristobule II, mais n'appartenant pas à la descendance d'Aaron, il ne pouvait prétendre au souverain pontificat. Il confia donc cette charge à un dénommé Ananel, puis, cédant aux pressions de sa belle famille, il la lui retira bientôt pour la remettre à son jeune beau-frère Aristobule III.

UN PERSONNAGE COMPLEXE

D'une jalousie maladive, soupçonneux jusqu'au crime, Hérode décima la descendance asmonéenne : un an à peine après l'avoir nommé grand prêtre, il fit noyer son jeune beau-frère dans la piscine du palais de Jéricho ; six ans plus tard, il élimina sa femme Mariamne et sa belle-mère Alexandra : c'était en 29. Comme il avançait en âge, il fit encore mettre à mort les deux fils qu'il avait eus de Mariamne, et finalement peu de temps avant sa mort il supprima un autre fils qu'il avait eu de sa première épouse Doris.
Malgré les meurtres en série et les compromissions de tous ordres, le règne d'Hérode ne manqua pas de grandeur. Il sut écarter les Parthes et les Arabes, pacifier la Judée après les troubles qui avaient ensanglanté le pays. Son œuvre architecturale porte la marque du personnage. Elle traduit son appétit de pouvoir et de domination, sa folie des grandeurs, son angoisse maladive de mourir assassiné à son tour, qui le conduiront jusqu'à la folie.

LE MODÈLE GRÉCO-ROMAIN

À la différence des Asmonéens, le roi Hérode ne contraignit pas à la circoncision l'importante population non-juive de son royaume. Ses sympathies allaient d'ailleurs de préférence à la culture hellénistique qu'il admirait et dont il accueillait volontiers les représentants les plus éminents.
Cette admiration lui inspira tout un programme de constructions qui surprend encore aujourd'hui par son ampleur et par sa qualité. En moins de trente ans, il fit sortir des dunes Césarée-sur-Mer, son port et sa ville princière ; il reconstruisit Samarie qu'il renomma Sébaste (en l'honneur d'Auguste) et renforça la citadelle asmonéenne de Jérusalem ; il reprit de fond en comble l'édifice et les dépendances du Temple, au nord duquel il implanta la forteresse Antonia ; il construisit ou restaura six forteresses autour de la Mer morte (dont l'Hérodium, Massada et Machéronte) sans parler des palais de Jéricho et de bien d'autres édifices, dans son royaume et hors de son royaume.
Ces réalisations lui attiraient l'estime de la population grecque du royaume, mais elles scandalisaient les Juifs pieux. Comme au temps d'Antiocus IV, ces théâtres, gymnases, hippodromes et autres édifices publics, étaient, à leurs yeux, autant de tremplins pour la montée d'un paganisme que les divers temples construits çà et là par Hérode rendaient de jour en jour plus patente.
C'est dans ce r oyaume d'Hérode le Grand que se place, deux ans environ avant la mort du prince, un événement dont certainement aucun média de l'époque ne parla, tellement il était insignifiant au regard des hommes, car ce qui est Sagesse de Dieu est folie pour les hommes  : dans une humble bourgade de Judée, la Vierge Marie mit au monde celui qu'elle avait conçu de l'Esprit Saint, Jésus, Fils de Dieu, Sauveur. La Promesse faite à Abraham, rappelée par les Prophètes, portée par les humbles d'Israël tout au long d'une histoire à la fois si riche et si dramatique recevait son plein accomplissement.

LES TESTAMENTS D'HÉRODE

Un premier testament d'Hérode le Grand laissait son royaume à Hérode Antipas, le second des deux fils qu'il avait eus de Maltaké. Puis, quelque temps avant sa mort, dans un nouveau testament, il partageait son royaume entre les deux fils de Maltaké et Philippe, né d'une cinquième épouse. La mort du roi donna le signal de troubles incroyables. Archélaüs, fils de Maltaké, se crut en possession de la couronne avant même que le testament de son père ne fût ratifié par Rome ; il déchaîna par là-même une réaction d'une incroyable violence. La Palestine fut alors plongée dans la confusion la plus extrême et livrée à des bandes rivales.
Puisque tout dépendait du bon vouloir d'Auguste, les héritiers présomptifs s'embarquèrent, chacun de son côté, pour aller plaider sa cause à Rome. Mais les Juifs pieux, auprès desquels les Pharisiens avaient une grande influence, ne voulaient plus de cette dynastie royale au comportement si scandaleux : ils souhaitaient retrouver un état sacerdotal sous l'autorité d'un grand prêtre digne de ce nom ; ces Juifs prirent donc eux aussi la mer pour se faire entendre d'Auguste, après avoir sollicité l'appui de l'importante colonie juive de Rome.

LE PARTAGE ET SES CONSÉQUENCES

Subitement privé de ses autorités politiques et de ses sages, le pays connut de nouveau des émeutes d'une telle ampleur que Quintilius Varus, légat de Syrie dut intervenir avec les troupes d'Antioche. Cette répression ne fit qu'exacerber l'animosité de la population juive contre les Romains et c'est alors que l'aile dure du parti des Pharisiens fit sécession : les Zélotes choisirent le chemin de la violence pour atteindre leurs objectifs.
Les trois frères revinrent ; Auguste ratifiait les dispositions du père, mais un peu au rabais. Il refusa pour Archélaüs le titre de roi : il serait ethnarque de Judée, de Samarie et d'Idumée ; Hérode Antipas devenait tétrarque de Galilée et de Pérée ; quant à Philippe, il était tétrarque de Gaulanitide, de Batanée, d'Iturée et de Trachonitide, tous territoires situés à l'est du haut Jourdain.

LA JUDÉE SOUMISE AUX PROCURATEURS

Digne héritier de son père, Archelaüs gouverna avec tant de brutalité qu'il dressa très vite contre lui une grande partie de la population. De nouveau on se tourna vers Rome pour se débarrasser du despote : Auguste déposa Archélaüs qui fut exilé en Gaule. Son territoire perdit son statut de royaume allié et fut rattaché à la province de Syrie, administré toutefois de façon autonome par un préfet placé sous le contrôle du légat de province, qui siégeait à Antioche de Syrie. Le préfet percevait les impôts et commandait les troupes auxiliaires levées sur place ; lui seul avait le pouvoir de faire exécuter les sentences capitales, même celles prononcées par le Sanhédrin. Car le Sanhédrin continuait de rendre la justice selon son droit particulier, et de gérer les affaires religieuses ; la seule ingérence de Rome dans ce dernier domaine consistait dans la nomination du grand prêtre par le préfet. La Communauté de Jérusalem gardait sa liberté de culte sous la surveillance de la garnison romaine installée dans la forteresse Antonia. Par un privilège insigne, elle se trouvait dispensée de participer au culte impérial et de porter les armes.
Durant les années qui suivirent la déposition d'Archélaüs, la population juive de Judée eut bien des motifs de se plaindre du gouvernement de Rome. Ponce Pilate en particulier, qui fut en charge de la Judée de 26 à 36, donna maints exemples de brutalité et de mépris. Brutal également jusqu'à la cruauté avec les Samaritains, il fut convoqué à Rome pour rendre compte de sa gestion et ne reparut plus ; il semble qu'il se soit suicidé… ou qu'on l'ait invité à le faire.

PHILIPPE

Le tétrarque Philippe (qu'il ne faut pas confondre avec le Philippe, ou Hérode-Philippe de Mt 14,3 et Mc 6,7 : voir le paragraphe suivant) construisit aux sources ces du Jourdain une ville à laquelle il donna le nom de Césarée (c'est Césarée de Philippe), une autre en Gaulanitide qu'il baptisa Tibériade, et une troisième enfin, en Pérée, qu'il nomma Juliade : il honorait du même coup Tibère et Julie, fille d'Auguste, que Tibère avait épousée. Lui-même épousa la fameuse Salomé, fille d'Hérodiade et laissa le souvenir d'un règne paisible. Il mourut sans héritier en 34, et son tétrarchat fut rattaché à la province de Syrie.
Bien que, durant la période royale, certains de territoires eussent été soumis à Salomon puis aux rois de Samarie, la majorité de leurs habitants étaient païens. Ce n'est donc que de loin qu'il suivit les événements de Palestine.

HÉRODE ANTIPAS

Le tétrarque s'installa dans un premier temps à Sepphoris, le chef-lieu de la Galilée. L'état dans lequel la répression de Varus avait laissé la ville, après l'insurrection qui suivit la mort d'Hérode le Grand, l'incita à se doter d'une nouvelle capitale. Il fit édifier sur la rive occidentale du Lac un palais autour duquel allait se construire Tibériade, nom choisi en hommage à l'empereur du jour.
Tout semblait devoir assurer à Antipas un règne sans histoires. Mais il avait un demi-frère du nom de Hérode-Philippe, qui avait épousé sa cousine Hérodiade. Prudent en ces temps difficiles, ce Philippe restait à l'écart de la vie politique. Mais la femme, ambitieuse intrigante, acceptait mal de vivre aux côtés d'un homme sans ambition. Elle fit donc tant et si bien qu'Antipas, qui était également son cousin, répudia sa femme pour l'épouser. Or cette princesse évincée était fille de roi ; furieux, le beau-père, Arétas de Nabatène, se mit en campagne pour châtier le gendre indélicat et lui infligea une telle défaite qu'elle aurait tourné à la catastrophe sans l'intervention de Vitellius, légat de Syrie (36).
La nouvelle reine joua encore un mauvais tour à ce nouvel époux : insatisfaite de ne le voir qu'ethnarque, elle voulait pour lui la couronne royale. Elle intrigua pour cela auprès de l'empereur Caligula (37-41), mais le romain avait réservé cet honneur à un ami plus cher, Hérode Agrippa I ; agacé, Caligula déposa Antipas (39) et l'expédia en exil avec Hérodiade : elle refusa la grâce impériale pour le suivre.

AGRIPPA

L'empereur Caligula avait déjà manifesté ses faveurs à Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode le Grand et de Mariamne, en le nommant roi de l'ancienne tétrarchie de Philippe (37). En 39, il ajouta à son royaume la tétrarchie de Galilée retirée à Antipas, et lorsqu'en 41 Claude succéda à Caligula qui venait d'être assassiné, Agrippa reçut encore du nouvel empereur l'ancien territoire d'Archélaüs, c'est-à-dire la Judée, la Samarie et l'Idumée. Au cours d'un règne bref, prospère et serein, il sut allier son goût de l'hellénisme au respect du Judaïsme.
Ainsi, le royaume d'Hérode le Grand était réunifié sous la couronne de l'un de ses petits-fils : ce ne fut que pour une courte durée. Quand Agrippa mourut en 44, Claude prétexta la jeunesse de son fils pour lui reprendre ce royaume et le remettre sous l'autorité des procurateurs.


CROISSANCE DE L'ÉGLISE

Le Livre des Actes des Apôtres attribue à la persécution et au martyre d'Étienne la dispersion des chrétiens en Judée et en Samarie. La nouvelle persécution, qui éclate quelques dix ans plus tard et dont Jacques sera la première victime, donne un nouvel essor au mouvement missionnaire de l'Église primitive qui découvre, à travers cette persécution, l'originalité et la richesse de sa Foi en Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.
C'est durant ces années que Saül, disciple du grand rabbin Gamaliel, découvre à la Lumière du Ressuscité qui se révèle à lui sur le « chemin de Damas » le sens dernier de la vocation d'Israël qu'il exprime fortement dans la lettre aux Éphésiens : « C'est ainsi qu'en lui nous avons été choisis ; Celui qui agit en tout selon sa libre volonté avait en effet décidé de nous mettre à part. Nous devions porter cette attente du Messie, pour qu'en résulte à la fin la louange de sa gloire » (Ep 1, 11-12).
Dès lors, Paul porte ce message de Salut « jusqu'aux extrémités de la terre ». Il monte à Antioche de Syrie, alors capitale de la province romaine d'Asie, une ville très populeuse — on y compte peut-être 500 000 habitants —, une ville cosmopolite où s'est établie très tôt une communauté chrétienne dans laquelle les croyants d'origine païenne sont plus nombreux que ceux venus du Judaïsme. La présence de Barnabé, envoyé par l'église de Jérusalem, confère à la Communauté d'Antioche son authenticité. Au terme d'une année passée à Antioche, Paul part avec Barnabé pour Chypre et de là se rend en Asie — entendons l'Asie Mineure avec ses diverses provinces.
Paul parcourt le pays d'est en ouest à trois reprises prolongeant par deux fois son voyage missionnaire jusqu'en Grèce.
Tout cela se déroule entre les années 46 et 58, sous les règnes de Claude et de Néron.
Arrêté à Jérusalem, Paul est conduit devant le procurateur romain à Césarée sur Mer, et après avoir fait, en sa qualité de ciyoyen romain, appel à l'empereur, il arrive à Rome, prisonnier, en 63.
Tout au long de cette longue route qui le conduit jusqu'à Rome, Paul évangélise et fonde des communautés chrétiennes avec qui il garde le contact pastoral par des écrits remarquables de foi, de rigueur de pensée et de présence à leurs problèmes quotidiens : ce sont les « épîtres de Paul ».
Conscients de l'importance du témoignage de Jésus de Nazareth, Celui qui seul peut révéler le Père en vérité, les responsables de l'Église vont fixer, probablement par étapes, ce « témoignage ». Quatre auteurs, dont deux apôtres, Matthieu et Jean, et deux disciples, laisseront à l'Église quatre évangiles qui seront réunis avant la fin du premier siècle aux lettres de Paul et à quelques autres écrits apostoliques, dont l'Apocalypse, pour constituer ce qu'on appellera plus tard le Nouveau Testament.

LES RÉVOLTES JUIVES

En moins de 10 ans, Auguste avait fait passer le monde romain de la République à l'Empire. L'ensemble du bassin méditerranéen et de nombreux territoires plus éloignés des côtes se trouvaient désormais soumis à l'autorité de Rome ; la Palestine n'y échappait pas plus que les autres.
La Communauté juive avait vu ses privilèges en matière religieuse confirmés par César : Rome garantissait aux Juifs la liberté de culte dans le Temple de Jérusalem ; elle étendait également cette tolérance à la liturgie synagogale pour toute la Diaspora. Les clivages s'étaient donc accentués entre les Juifs qui, comme les Pharisiens ou les Esséniens, ne demandaient que la liberté de culte — ce que Rome leur octroyait — et ceux qui n'avaient cessé de revendiquer également l'indépendance politique.
Les affrontements entre une population qui supportait de plus en plus mal les agissements maladroits ou vexatoires des représentants de Rome, et l'administration impériale, conduisirent à trois révoltes juives en moins de soixante-dix ans, à des représailles sauvages et à une dispersion sans précédent de la communauté juive.


LA TENSION MONTE

Durant son court règne, Caligula avait donné l'ordre d'ériger sa statue dans le temple de Jérusalem en représailles contre les Juifs qui avaient détruit à Jamnia un autel élevé en son honneur. Le légat eut la sagesse de faire traîner l'exécution de l'ordre impérial pendant qu'Agrippa, à Rome, usait de toutes ses relations pour faire rapporter cette ordonnance. Caligula fut assassiné au bon moment pour le légat qu'on avait sommé de se suicider pour insubordination, et la paix sembla revenue. Elle se prolongea sous le gouvernement de deux procurateurs successifs. Mais sous leur successeur Cumanus, à deux reprises l'arrogance d'un soldat romain provoqua émeute, répression brutale et démarche auprès du procurateur qui céda finalement aux instances des Juifs.
Un nouvel incident s'étant produit entre Samaritains et Juifs, Cumanus cette fois refusa de satisfaire à la demande de ces derniers ; deux meneurs entraînèrent alors les foules en Samarie, massacrant et mettant le feu les villages. Les responsables juifs parvinrent à grand-peine à calmer les séditieux, mais les Samaritains portèrent plainte auprès du légat de Syrie. Celui-ci renvoya les plaignants à Rome où l'intercession d'Agrippa auprès de Claude, qui l'avait en amitié, retourna encore la situation en faveur des Juifs. Cumanus fut exilé et remplacé par Félix , connu pour son arbitraire et son inconduite notoire. C'est dans ces jours-là que mourut Claude, laissant l'empire à son fils Néron, né de son mariage avec Agrippine.
Dans Jérusalem livrée aux mains des factieux, les meurtres succédaient aux meurtres, la répression impitoyable des procurateurs, loin de calmer les esprits, exacerbait la vindicte des zélotes. Une émeute éclata à Césarée, dans la ville même où siégeait Félix. Son successeur Festus — celui que mentionnent les Actes des Apôtres, à propos du procès de Paul à Césarée — mit alors tout en œuvre pour arrêter le banditisme et la violence ; mais avec les procurateurs corrompus qui le remplacèrent, la situation ne fit qu'empirer.

LA « PREMIÈRE RÉVOLTE »

Une bagarre entre Grecs et Juifs autour d'une synagogue mit le feu aux poudres. Le conflit s'étendit rapidement aux villes et à Jérusalem : en novembre 66, le pays soulevé comptait plus de 50 000 combattants. Cestius Gallus, légat de Syrie, parti d'Antioche, vient reprendre Césarée qu'il met à sac et dépêche en Galilée la 12 ème légion. Bientôt, le calme semble revenu dans le nord du pays, les Romains descendent sur Jérusalem qu'ils investissent. Mal informé, Cestius lève le siège, les Juifs en profitent pour se jeter sur l'ennemi en retraite et le mettre en pièces. L'empereur Néron réagit immédiatement et dépêche Vespasien, « ce guerrier infatigable » dont parle Tacite. Avec la 15 ème légion que Vespasien conduit personnellement, les deux légions que son fils Titus lui amène d'Égypte et la 12 ème qui est déjà sur place, le général romain dispose désormais de près de 60 000 hommes.
Vespasien fait successivement le siège de Jotapata, de Tibériade, de Gamla : à la fin de la saison, il maîtrise la Galilée. Au printemps suivant, il nettoie les bords du Jourdain, prend Jéricho et domine la majeure partie de la Judée. Les légions s'installent à Emmaüs.

VESPASIEN, EMPEREUR

Mais durant ce temps, à Rome, Néron a dressé tout le monde contre lui, les généraux se soulèvent et Néron se suicide pour échapper au supplice. La mort de l'empereur donne le signal d'un désordre général: c'est l'anarchie militaire et le retour aux guerres civiles. Finalement, les provinces d'Orient imposent leur loi et Vespasien est proclamé empereur. Ses troupes peuvent désormais le précéder à Rome pour préparer son arrivée, mais avant de s'embarquer il remet à son fils Titus le soin d'écraser définitivement la révolte juive : tâche d'autant plus urgente que les troubles récents ont laissé aux insurgés le temps de se ressaisir.


LA PRISE DE JÉRUSALEM

Le nouveau général en chef vient établir son camp à Guibéa, à 5 km de Jérusalem ; il dispose d'une armée formidable, mais la ville est difficile à prendre et les défenseurs sont résolus. Malheureusement pour les insurgés, l'entente ne règne guère entre eux. Fatigués du despotisme de Jean de Gischala qui occupe Jérusalem depuis 67, les habitants accueillent avec joie un chef de bande, Simon bar Giora. Jean et ses zélotes se réfugient alors dans le quartier du Temple. On se pille entre Juifs, on s'entre-tue ; trahisons, incendies… Après l'échec d'une attaque en force, Titus investit la ville. À la fin mai 70, le mur nord-ouest de l'enceinte cède ; le terrain est conquis jusqu'au second mur qui cède à son tour. La forteresse Antonia est finalement enlevée en juillet et le 29 (ce même mois d'Ab, qui avait été celui de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor) le Temple est pris d'assaut et incendié. En septembre les derniers insurgés, décimés par une horrible famine, sont boutés hors de la ville haute où ils se sont regroupés : c'est la ruée finale. Jérusalem est en ruine.

LA FIN DE LA RÉVOLTE

Ceux qui ont échappé à la mort vont rejoindre sur les marchés d'esclaves leurs compatriotes tombés captifs lors des combats de Galilée ou de Judée. Quelques groupes de zélotes retranchés dans les anciennes forteresses d'Hérode résistent encore et poursuivent une guerre de harcèlement. L'occupant décide de réduire ces noyaux de résistance : l'Hérodium et Machéronte sont enlevées les premières, et finalement Massada, après un siège de six mois ; on est au printemps 73.
Empereur, Vespasien fit de la Palestine une province impériale qui prit le nom de Judea . Le Temple était en ruine, et l'impôt du Temple était versé maintenant au trésor de Jupiter Capitolin, mais le Judaïsme conservait son statut de religion reconnue.
Avec la perte de l'indépendance politique et la destruction du Temple la composition du Sanhédrin se transforma rapidement au profit des pharisiens Docteurs de la Loi qui se regroupèrent à Jamnia autour de Johannan ben Zakkaï. Très vite le Sanhédrin s'imposa en Palestine et dans la Diaspora comme l'autorité religieuse du Judaïsme : son président fut honoré du titre de « Prince », Ha Nasi.


AGITATION SOUS TRAJAN

On comprend que Vespasien et son fils Titus aient eu peu de sympathie pour les Juifs. Quant au troisième de la dynastie, Domitien, son caractère tyrannique ne le disposait guère à respecter une religion qui s'affirmait par sa différence ; aussi, lors de la grande persécution de 95 contre les Chrétiens, de nombreux Juifs furent également mis à mort et parmi eux, même des membres de la famille impériale convertis au Judaïsme.
Trajan accéda au pouvoir en 98. Rêvant de renouveler les exploits d'Alexandre en Orient, il décida d'abattre l'ennemi parthe. En 114 il envahit l'Arménie, puis il mène campagne en Mésopotamie et entraîne ses légions jusqu'aux rives du Golfe Persique. C'est alors que les Parthes contre-attaquent, et Trajan doit abandonner l'Assyrie et la basse Mésopotamie.
Les campagnes de Trajan vidaient les caisses de l'état : l'empereur augmenta les impôts. Les communautés juives de l'empire supportaient mal une pression fiscale sans cesse croissante et bientôt, en Cyrénaïque, en Égypte et à Chypre se dessinèrent des mouvements de révolte auxquels vinrent se joindre les riches communautés de Mésopotamie. Il n'est pas impossible que ce mouvement ait gagné, au moins partiellement, la Judée


BAR KOCHBA

Lorsqu'en 117 Trajan meurt subitement à Sélinonte en Cilicie, l'agitation des Communautés juives semble apaisée. Hadrien, qui vient d'accéder au pouvoir, visite Jérusalem en 130 et la trouve à peu près dans l'état où l'a laissée la première révolte et son anéantissement par Rome. Il décide alors d'en faire une ville nouvelle, Ælia Capitolina, où l'on construira sur les lieux du Temple un sanctuaire en l'honneur de Jupiter Capitolin. Il semble par ailleurs que la circoncision, assimilée par les Romains à une castration, ait été interdite dans le même temps. Toujours est-il qu'en 132, dès que l'empereur a quitté l'Orient, un certain Simon Kosiba, surnommé Bar Kochba, « le Fils de l'Etoile », prend la tête de l'insurrection.
Reconnu comme Messie par l'un des plus illustres rabbins de l'époque, Rabbi Aquiba, et soutenu par le prêtre Eléazar, Simon étend son mouvement à tout le pays. Surpris, les Romains se replient derrière les frontières, laissant le champ libre aux révoltés. Jérusalem est libérée, on frappe monnaie, on rétablit probablement le culte ; mais tout cela n'a qu'un temps. Les légions contre-attaquent et le soulèvement est écrasé plus terriblement encore qu'aux jours de Titus. Au début de 134 Jérusalem tombe de nouveau sous les coups des Romains. Quelques noyaux de résistants cherchent refuge dans les grottes creusées au flanc des oueds qui descendent du désert de Juda vers la Mer Morte. Les Romains ne tardent pas à les déloger et à les massacrer ; Bar Kochba meurt dans un dernier combat, et Rome reprend le pays en main, effaçant même le souvenir du passé : Judea devient Palestina .


LES JUIFS S'ORGANISENT

La population juive de Palestine n'est plus que l'ombre d'elle-même : le nombre des victimes est considérable, plus encore celui des captifs vendus comme esclaves. C'est pourtant ce « petit reste » qui accomplira le travail considérable ébauché à Jamnia entre les deux révoltes et poursuivi sans relâche dans les écoles rabbiniques en plusieurs villes de Palestine. Les Synagogues connaissent un véritable essor, tout particulièrement en Galilée où réside désormais le Sanhédrin.
L'empereur Antonin le Pieux (138-161) est un homme droit et consciencieux ; ses contemporains ne tarissent pas d'éloges sur sa simplicité de mœurs et son égalité de caractère. Respectueux de la diversité de ses sujets, il accorde de nouveau aux Juifs le droit de pratiquer la circoncision, mais uniquement sur des sujets nés de parents juifs. Les faveurs de Rome ne sont pas désintéressées : le danger parthe est toujours là sur la frontière orientale de l'empire ; les communautés juives de Mésopotamie sont puissantes et l'on peut toujours craindre qu'ils ne prennent le parti de l'ennemi. Rome n'hésite donc pas à renforcer les pouvoirs du Sanhédrin, qui confère à son président le titre de Patriarche des Juifs.


CHRÉTIENS EN PALESTINE

Aux premières heures, la Communauté chrétienne de Jérusalem était composée de Juifs de Palestine ; formés à l'école des prophètes, nourris des paroles des Prophètes, et tout particulièrement des textes d'Isaïe sur le Serviteur de Yahvé, ils ont reconnu en Jésus de Nazareth le Messie annoncé à leurs pères. Celui dont on parle dans la Loi de Moïse et dans les Prophètes, nous l´avons trouvé ; c´est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth, comme le dira Philippe à Nathanaël (Jn 1,45).
Pour ces « Chrétiens de la Circoncision » — comme on les appelle souvent pour les distinguer des Chrétiens d'origine païenne — la Loi n'est pas abrogée mais transfigurée. Ils ne négligent rien des observances prescrites par la Thora, mais leur foi au Christ les rend suspects aux yeux des autres Juifs, et les conflits sont alors fréquents. Il n'est pas sans intérêt d'ailleurs de constater que lors de la première révolte juive, les Judéo-Chrétiens de Judée chercheront refuge en Samarie, puis bientôt à Pella en Transjordanie (Mc 13,14), se tenant ainsi à l'écart des hostilités déclenchées par les Juifs contre Rome.
Mais les deux révoltes juives n'ont fait qu'accroître la diversité de la population en Palestine : Grecs, Syriens et gens venus de tous les pays d'Orient y côtoient les Juifs qui ont survécu aux massacres et aux exils. Les Judéo-chrétiens se voient donc pris entre les Juifs qui se défient d'eux et les Chrétiens issus des autres peuples. Cette situation favorise l'éclatement du groupe.
Les uns reconnaissent en Jésus de Nazareth le Messie Fils de Dieu fait homme, tandis que d'autres se bornent à confesser son caractère messianique : entre ces deux il y a bien des variantes. Dès le milieu du 2 ème siècle, Hégésippe, un chroniqueur de l'Église de Palestine, dénombre une douzaine de sectes judéo-chrétiennes, sans plus de liens désormais avec la grande Église où les fidèles d'origine païenne sont de très loin les plus nombreux. Ces petites communautés privées de tout soutien et divisées s'étiolent. Aussi, lorsqu'au Concile de Nicée, en 325, on recense les évêques venus représenter les communautés de Palestine on remarque que pas un d'entre eux ne porte un nom juif.
Avant de disparaître, les communautés judéo-chrétiennes laisseront une littérature abondante. Ces œuvres assez inégales, parmi lesquelles on peut mentionner l'Évangile selon les Hébreux, l'Évangile de Pierre, l'Histoire de la Dormition de la Sainte Mère de Dieu et l'Histoire du Charpentier Joseph , n'ont pas été admises par l'Église dans le Canon des Écritures.